Josef Julius Wecksell
Josef Julius Wecksell (1838-1907) est un poète finlandais de langue suédoise. La minorité
finlandaise de langue suédoise joua un rôle considérable dans l’histoire de la littérature et des arts dans le Nord européen. Entre amour et folie, lumière et obscurité, Wecksell écrira la plus
grande partie de son œuvre avant son internement en 1865, une œuvre qui n’est pas sans rappeler celle des premiers romantiques français, on pense à Lamartine ou à Musset. Wecksell demeure
toutefois mal connu. Ignoré des uns, il est devenu un mythe pour d’autres. Une Société des amis de Wecksell a même été créée, rassemblant universitaires, poètes, artistes et simples amoureux des
mots.
Nous pouvons désormais découvrir Wecksell en français grâce à Pierre Grouix qui a
traduit un premier recueil de ses poèmes publié chez Rafael de Surtis, Le ciel brille à travers les mots, en édition bilingue, dans la belle collection Pour une Rivière de
Vitrail.
« Dans l’album d’un artiste
Découvrir bien des choses, guetter encore plus,
en tout pressentir le plus haut,
aimer d’abondance, oublier davantage,
sortir de la vie et - rêver
servir des dieux, renoncer à l’or,
donner et ne rien réclamer en retour,
sacrifier son cœur, gagner les cœurs,
rencontrer le froid et pourtant brûler,
chérir l’honneur, ne pas désirer,
créer, former, instruire, apprendre
en vue d’un but que l’on n’atteint jamais,
en vue d’une postérité que l’on ne gagne
qu’une fois le monde éteint pour soi :
tel est le lot de l’artiste sur terre.
Enfin devenu immortel à ce point,
Il entre chez les dieux. »
« As-tu le courage ?
As-tu le courage de sortir dans le combat de la vie
et de t’y comporter comme un homme ?
As-tu le courage de te placer face à ton époque
et à ses illusions, si tu en es capable ?
As-tu le courage d’immoler le sang de ton cœur,
ton bonheur temporel et ta joie
à la vérité et à la justice ? – alors, jeune
homme,
sois le bienvenu dans notre cercle heureux.
As-tu le courage de croire à ton rêve le plus beau
Malgré la voix railleuse de la réalité ?
As-tu, comme la goutte dans le courant le plus profond
le courage de chercher ton chemin au sein du
rocher ?
S’il en est ainsi, faisons le serment d’être des frères de
sang
et immolons lui notre esprit et nos veines.
Et nous aurons sans doute la force de combattre
si nous possédons le vrai courage. »
ISBN 2-84672-044-4. Prix 12,50 Euros
Josef Julius Wecksell est aussi dramaturge. C’est en 1862, année qui le voit basculer dans la folie, qu’il rédige un chef
d’oeuvre dramatique intitulé Daniel Horst, désormais disponible en langue française dans une
traduction du suédois de Philippe Bouquet, avec un avant-propos de Karolina Blaberg, petite nièce de
Wecksell, adaptation et postface de Pierre Grouix, aux Editions Rafael de Surtis.
Cette pièce constitue l’acte de naissance véritable du théâtre finlandais. Daniel
Horst est une sorte d’Hamlet nordique. L’intrigue se passe en 1599 dans une Finlande encore médiévale, pour mettre en scène l’hypercomplexité de
la personne humaine, la noblesse, l’éthique et l’inconditionnalité au coeur de la médiocrité, de la cupidité et de la violence, la blessure et son impossible réparation dans le
temps.
« Fuis, mon amour, ô toi dernier de mes
rêves !
Tu fus le plus amer de tous les breuvages
de ma vie ! Pourquoi faut-il que je sois
égaré en ce monde, sans toi ni foyer,
enfant trouvé n’ayant ni nom ni père ?
La moindre fleur a des racines ; dans la mer, la
vague
est suivie d’autres semblables et la mousse
elle-même a une tombe sur laquelle pousser.
Le captif mort cette nuit a eu jadis
Une vie à vivre. Et moi, qu’ai-je ? »
ISBN
978-2-84672-116-5. Prix 21 Euros