Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 16:16

Knut Odegard

 

         Tout comme son compatriote Tarjei Vesaas, Knut Odegard, né en 1945, a choisi de s’exprimer en néo-norvégien (nynorsk), une langue plus qu’humaine tant elle est tout à la fois proche de la réalité humaine et capable de la transcender.

         Ce grand poète n’oeuvre pas seulement à partir du sens mais aussi à partir du son comme matière sur laquelle il peut opérer son alchimie. Il est bien un « faiseur ».




 

 

 

         Une seule lanterne rouge / Pâle / Et au loin publié aux Editions Rafael de Surtis est un beau recueil pour laisser les poèmes de Knut Odegard entrer en nous et se laisser porter par l’étrangeté enivrante cette langue. Ils sont ici livrés en édition bilingue, traduit du néo-norvégien par Grete Kleppen et Pierre Grouix, préfacés par Régis Boyer.

 

         « Maisons abandonnées au bord de la mer

 

         Des fenêtres aux yeux brisés.

         Ecarquillés. Un vent.

 

         à visage blanc qui traverse en filant pièce après pièce

         dans la maison abandonnée, grince

         dans les escaliers, touche de sa main figée

         le miroir vide

        

         De grandes maisons immobiles au bord de la mer.

         Elles éclairent dans le noir

         Comme les morts éclairent à travers nos visages

 

dans le sommeil,          Quelqu’un tatônne

à travers des rêves troublés, rôde

à travers obscures de maisons abandonnées

au bord de la mer. »

 

         ISBN 2-84672-070-3. Prix 13 Euros

Par La Lettre du Crocodile - Publié dans : Norvège
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 16:15

 

Josef Julius Wecksell

 

 

Josef Julius Wecksell (1838-1907) est un poète finlandais de langue suédoise. La minorité finlandaise de langue suédoise joua un rôle considérable dans l’histoire de la littérature et des arts dans le Nord européen. Entre amour et folie, lumière et obscurité, Wecksell écrira la plus grande partie de son œuvre avant son internement en 1865, une œuvre qui n’est pas sans rappeler celle des premiers romantiques français, on pense à Lamartine ou à Musset. Wecksell demeure toutefois mal connu. Ignoré des uns, il est devenu un mythe pour d’autres. Une Société des amis de Wecksell a même été créée, rassemblant universitaires, poètes, artistes et simples amoureux des mots.

Nous pouvons désormais découvrir Wecksell en français grâce à Pierre Grouix qui a traduit un premier recueil de ses poèmes publié chez Rafael de Surtis, Le ciel brille à travers les mots, en édition bilingue, dans la belle collection Pour une Rivière de Vitrail.

« Dans l’album d’un artiste

 

Découvrir bien des choses, guetter encore plus,

en tout pressentir le plus haut,

aimer d’abondance, oublier davantage,

sortir de la vie et - rêver

servir des dieux, renoncer à l’or,

donner et ne rien réclamer en retour,

sacrifier son cœur, gagner les cœurs,

rencontrer le froid et pourtant brûler,

chérir l’honneur, ne pas désirer,

créer, former, instruire, apprendre

en vue d’un but que l’on n’atteint jamais,

en vue d’une postérité que l’on ne gagne

qu’une fois le monde éteint pour soi :

tel est le lot de l’artiste sur terre.

Enfin devenu immortel à ce point,

Il entre chez les dieux. »

 

 

«  As-tu le courage ?

 

As-tu le courage de sortir dans le combat de la vie

et de t’y comporter comme un homme ?

As-tu le courage de te placer face à ton époque

et à ses illusions, si tu en es capable ?

As-tu le courage d’immoler le sang de ton cœur,

ton bonheur temporel et ta joie

à la vérité et à la justice ? – alors, jeune homme,

sois le bienvenu dans notre cercle heureux.

As-tu le courage de croire à ton rêve le plus beau

Malgré la voix railleuse de la réalité ?

As-tu, comme la goutte dans le courant le plus profond

le courage de chercher ton chemin au sein du rocher ?

S’il en est ainsi, faisons le serment d’être des frères de sang

et immolons lui notre esprit et nos veines.

Et nous aurons sans doute la force de combattre

si nous possédons le vrai courage. »

 

ISBN 2-84672-044-4. Prix 12,50 Euros

 



 

 

 

Josef Julius Wecksell est aussi dramaturge. C’est en 1862, année qui le voit basculer dans la folie, qu’il rédige un chef d’oeuvre dramatique intitulé Daniel Horst, désormais disponible en langue française dans une traduction du suédois de Philippe Bouquet, avec un avant-propos de Karolina Blaberg, petite nièce de Wecksell, adaptation et postface de Pierre Grouix, aux Editions Rafael de Surtis.

Cette pièce constitue l’acte de naissance véritable du théâtre finlandais. Daniel Horst est une sorte d’Hamlet nordique. L’intrigue se passe en 1599 dans une Finlande encore médiévale, pour mettre en scène l’hypercomplexité de la personne humaine, la noblesse, l’éthique et l’inconditionnalité au coeur de la médiocrité, de la cupidité et de la violence, la blessure et son impossible réparation dans le temps.

 

« Fuis, mon amour, ô toi dernier de mes rêves !

Tu fus le plus amer de tous les breuvages

de ma vie ! Pourquoi faut-il que je sois

égaré en ce monde, sans toi ni foyer,

enfant trouvé n’ayant ni nom ni père ?

La moindre fleur a des racines ; dans la mer, la vague

est suivie d’autres semblables et la mousse

elle-même a une tombe sur laquelle pousser.

Le captif mort cette nuit a eu jadis

Une vie à vivre. Et moi, qu’ai-je ? »

 

         ISBN 978-2-84672-116-5. Prix 21 Euros

Par La Lettre du Crocodile - Publié dans : Finlande
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 16:10

Bob Carpelan

 

 

Bob Carpelan est né à Helsinki en 1926. C’est un auteur qui se défie du long, une tendance minimaliste le conduit naturellement au simple, au court, au moindre, ce qui exige une grande rigueur et une grande profondeur. En effet, il est impossible de dissimuler sous les formes les dissonances de l’être.

 

         73 poèmes de Bob Carpelan, publié aux Editions Rafael de Surtis, traduit du suédois par Pierre Grouix, est marqué de ce choix. Pierre Grouix précise :

« Il s’agit bien de l’ensemble des textes les plus courts, souvent une simple poignée de mots, comme si la parole en poésie devait se ramasser dans sa concision dense, prête à dire beaucoup – sans nuire au silence – en peu très peu de mots. »

Les poèmes de ce recueil semblent parfois habités par l’esprit des haïkus japonais :

 

« Ma chambre

reste vide

la mer sur la droite

moi au-dehors de l’image »

 

« Vermine

impayée

l’automne

généreux,

l’odeur de feuilles brûlées

au loin,

en provenance du cimetière. »

 

« L’arbre

a tombé

la feuille

 

Une vague

se lève

immobile. »

 

         Mais Bob Carpelan sait aussi tisser de longs poèmes sans pour autant se départir de son chemin vers le simple et le bref.

 

         « « La vie me dépouille

plus que la mort ».

         Mais dans les tourbillons

j’aperçois, dans l’obscurité,

l’image

des traits de mon amour :

à flots, ils sombrent,

se dissolvent dans la lumière,

portés par des ailes

au-dessus du champ –

et là

sous l’arbre de la mort

repose celui

qui nous suit

du regard ;

c’est ainsi que,

plus sûr,

plus silencieux

je construirai ce que la vie dépouille

de lumière dans le temps

et par-dessus la mer

filent les bandes d’oiseaux

des dernières ombres

vers le repos planant,

infatigable. »

 

         ISBN 2-84672-052-5. Prix 12,50 Euros

 

 

Dans un autre recueil, chez le même éditeur et intitulé Le jour frais, toujours traduit du suédois par Pierre Grouix, nous retrouvons cette tendance au dépouillement même pour des textes plus long. Le dépouillement est alors moins dans la forme du poème que dans l’évocation ou la métaphore qui, comme la flèche décochée par l’arc, vise « l’essentiel ».

 

« Le grand nuage

 

Le grand nuage forme comme une aile

plongeant lentement devant le soleil comme

une feuille rouge sang de l’arbre de la mort.

Et sur la surface de la mer glisse l’oiseau du soir,

frôlant les flots de ses ailes, grandissant,

comme s’il n’y a avait plus aucun mouvement

et, parmi le chant merveilleux, le silence. »

 

         ISBN 2-84672-078-9. Prix 12,50 Euros

Par La Lettre du Crocodile - Publié dans : Finlande
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