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Edith Södergran
Tout simplement magnifique, bouleversant, profond, indispensable comme une révélation poétique ! Un hymne à la Beauté.
En publiant Poèmes d’Edith Södergran, les Editions Rafael de Surtis offrent aux lecteurs francophones une expérience inoubliable dans la belle collection Pour une Rivière de Vitrail. Il faut saluer une fois de plus le travail remarquable de Régis Boyer, traducteur et préfacier, de Pierre Grouix qui réalise la postface et de Karolina Blaberg, spécialiste des poésies nordiques.
En 31 années, Edith Södergran (1892-1923) aura réalisé une oeuvre totale qui change à jamais le paradigme de l’écriture et de la poésie nordiques, faisant éclater les limites, dans une volonté poétique transcendante inhabituelle. Ses poésies sont d’une intensité rare. Elles semblent condenser la vie-même en quelques mots comme pour passer à un essentiel dont elle a le pressentiment, qu’elle ne sait qualifier que par le mot « liberté ».
Finno-suédoise née à Saint-Petersbourg, à la croisée magique de ces deux cultures, finlandaise et suédoise, douée pour les langues, confrontée à la double violence de la guerre et de la maladie, sa vie, nous dit Régis Boyer, apparaît « un immense retirement » d’où l’amour semble exclu.
Sa poésie apparaît comme une quête solitaire vers l’Absolu, l’Absolue Liberté, qui réconcilie nature et esprit. Elle semble flotter entre deux mondes, le Réel, encore insaisissable mais inévitable pourtant, et ce monde-ci dont elle ne veut pas et auquel elle ne semble jamais avoir appartenu. Son Pays qui n’existe pas évoque l’imaginal d’un Gilbert Durand.
Pierre Grouix :
« De cette femme, exceptionnellement exceptionnelle, les vers frappent par des détails, le rappel de la parole nordique, le martèlement insistant de l’anaphore, surtout la splendeur, même simple, de l’image et de l’imaginaire dont elle procède.
De tels joyaux instruisent clairement une vue radicale de la conquête. Ils disent fièrement « le pas gagné » rimbaldien, l’avancée territoriale pas à pas. La procession, la progrédience. L’en avant.
Avec et par Edith Södergran, la poésie va de l’avant, passe, passe outre, outrepasse. Elle dialogue avec la part d’inconnu neuf qui la sertit. »
Il nous reste à entendre cette poésie sans égale :
La stipulation
Inactive,
je ne puis vivre,
enchaînée près de la lyre, je mourrais
Rien de plus altier sur terre, pour moi, que la lyre.
Si je ne lui étais pas fidèle,
je ne serais pas une âme flamboyante.
Celui qui, d’ongles ensanglantés,
n’a pas opéré sa fêlure dans le mur du quotidien
– Hors de là, tout peut périr –
Il n’est pas digne de contempler le soleil.
Dans le hamac des fées
Nuit et jour
je suis étendue dans le hamac des fées
rêvant d’étranges choses
Ce coeur n’est pas né pour m’aimer :
il ne franchira jamais le seuil de la réalité.
La lampe de Diane
brille à travers mes nuits
dans la ténuité de ses voiles féériques.
Je ne peux pas aimer, je ne sais pas livrer mon grand coeur...
Mais un jour je m’allongerai auprès du fils suprême de la terre,
un petit enfant
boira à mon sein de pierre
le lait le plus capiteux de la terre.
Et lui, je l’appellerai – présent de Diane.
Cette traduction entièrement nouvelle des poèmes d’Edith Södergran rend accessible un « joyau de la poésie boréale, source et aurore de l’or du Nord » nous dit encore Pierre Grouix, insistant sur les quatre s :
« Sauna. Sibelius, sisu (terme malaisément traduisible : cran ou ténacité, en tout cas vertu nationale : « Finlande pays des trois s » a-t-on coutume de dire. Ajoutons-leur, littérairement parlant au moins, le s d’Edith Södergran. »
« Si nous ne devenons pas enfants de la nature, prévient Edith Södegran, nous n’entrerons pas au royaume des cieux, car les secrets religieux sont les secrets de la nature. Ils ne se plaisaient pas dans les temples judaïques, mais bien chez le simple enfant de la nature qui connaissait les lys de Saron. »
ISBN 978-2-84672-203-2