Knut Hamsun
Le Choeur sauvage. Vildt Kor, Poèmes, édition de
1927 de Knut Hamsun, édition bilingue. Préface de Régis
Boyer. Traduction du norvégien Eva Sauvegrain – Pierre Gouix, Co-édition Rafael de Surtis, Editinter, Hamsun Selskapet.
Knut Hamsun (1859 - 1952) est connu pour ses nombreux romans dont Les Fruits de la terre
qui lui valurent le Prix Nobel de littérature en 1920, il est moins connu et même inconnu pour ses poèmes. Le Choeur sauvage est son unique recueil de poèmes, il est publié pour la
première fois en français à l'occasion du cent cinquantenaire de la naissance de l'auteur. Auteur prolifique, riche et affranchi, Knut Hamsun a exploré la poésie sans
se donner de règles comme le souligne Pierre Grouix :
« Il n'y a pas, en tout cas, de forme fixe poétique hamsunienne. Du texte très bref, minimal presque, de deux,
trois strophes, à la séquence lyrique de plusieurs pages ou au gran dpoème subdivisé en petits (Poèmes de la fièvre, scindé en dix ensembles, ou encore Les propos de Svend
Herlufsen), Hamsun s'estime souverainement libre d'arpenter la distance qu'il veut. L'unité de ces textes n'est donc pas formelle.
L'auteur n'a de compte à rendre qu'à son génie, à son libre désir. Là comme ailleurs, et comme il s'en explique dans
Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949), son originalité foncière le guide. »
Knut Hamsun ne s'est jamais considéré comme poète, doutant même de la qualité de ceux-ci, ce qui, d'ailleurs, est
peut-être une caractéristique du poète, même si Rimbaud... Sa poésie est venue s'ajouter à ses autres créations sans nécessité. Hamsun est « viscéralement romancier ». Cependant, les
grands thèmes hamsuniens se retrouvent dans sa poésie. Pierre Grouix encore :
« Dans cet univers où c'est la nature qui parle, susurre, murmure, c'est aussi la voix de l'auteur qui se fait
entendre, musique et mélodies ensemble.
Liberté, goût du rêve, de la marche, de l'errance, amour de l'amour et du monde naturel : les qualités qui font la
fraîcheur, la grâce nonpareille du héros hamsunien sont là, in vivo, in nucleo. Les grandes orientations aussi.
Qui ne le voit ? Les grands thèmes hamsuniens sont présents, à commencer par l'amour éclatant qui lie homme et femme
dans un cadre toujours naturel, tel que le court et dense roman Victoria l'a, en 1898, décliné de manière singulière, flamboyante, lyrique.
L'amour et les roses, ou encore le monde de la nature norvégienne, sous une lumière qui n'appartient qu'à elle, sont
dits ici sans fard. »
Cantique des cantiques
Ô, ne me regarde pas, mon roi,
quand tu sors de la salle.
Le soleil m'a noircie à me brûler.
Je suis pourtant une rose de Saron,
Je suis pourtant un lis dans la vallée
Toi, je t'ai appelé, mon roi,
Les gardes m'ont entendue languir.
Les filles de Jérusalem m'ont aidée.
Nous t'avons découvert dans le jardin
des noisetiers, je n'ai pas lâché ta cape de roi.
Regardez-le, ô filles de Jérusalem,
il est tel une biche sur les hauteurs,
il est tel un chevreuil sur la montagne.
Ainsi que courent le cerf et le chevreuil,
Il a volé vers moi.
Voici le temps des cantiques
et des jours d'hiver écoulés. Vois,
on a vu des fleurs dans le pays,
entendu des voix de colombes,
trouvé des vignes en fleurs.
[...]
Oh, embrasse-moi, ta bouche
est pur délice, on dirait un lys rouge.
Je me sens ivre d'amour, oh, viens
avec moi dans la chambre de ma mère,
prends-moi à ton seul désir.